Cannibalisme économique.



La société de consommation est notre foyer depuis maintenant un moment. Acheter, consommer, jeter (recycler!), on connaît bien. Et puis au final, ça nous plaît bien, hormis ce cataclysme régulier qui fait que parfois, on manque d'argent. Qu'à cela ne tienne, dès les premiers billets on ira piller le premier magasin de la rue, pour le plaisir.
Mais au delà de la consommation des biens, les gens sont devenus des consommateurs d'humains. Nos relations se sont calquées sur notre société, elles sont devenues des consommations. Pire, de la nourriture vendue dans la restauration rapide. L'Humain fast-food est parmi nous! J'ai déjà évoqué le fait que souvent, les hommes et femmes, joyeux travailleurs, comblent le vide d'une vie passable en achetant des commodes et autres canapé Ikéa, cassant, retapant, repeignant leur fière pavillon du coin d'la rue.
Ce vide, les plus jeunes les comblent non seulement par des frusques hors de prix, mais également par d'autres personnes.








Bienvenu dans la nouvelle génération du cannibalisme économique : les hommes sont devenus des biens de consommation, que l"on peut jeter après usage. Incapables de se supporter eux-mêmes, incapables de tolérer le moindre isolement sans craindre la solitude, ils s'empressent de trouver de la compagnie à consommer. Tout comme un bien, il faut que son nouveau gadget le valorise. Quoi de mieux qu'un faire-valoir humain, quand on ne peut investir dans un canapé cuir ? On aspire tout le bien qu'on peut en tirer, tendresse et fierté. Quand ça ne marche plus, on n'a juste à se détourner. Quelle profusion de marchandises dans nos rues! Et le fast-food est toujours pleins de clients, des personnes qui en veulent toujours plus de la part des autres, où l'égoïsme est une nouvelle valeur pleine de bon sens, où les caprices sont devenus une preuve de caractère.
L'apogée de cette consommation humaine s'inscrit dans une société dite libérée sexuellement. Quel est donc le meilleur moyen de consommer autrui, sinon au lit ? D'où le sexe mis sur un piédestal, glorificateur, faire-valoir par excellence. Et sans s'en douter, une pression s'installe. La libération sexuelle oui, la compétition du sexe non. Et pourtant, c'est bien ce qui a fini par arriver. Les tabous restent, la vulgarité s'installe. Ne sentez vous pas une délicate pression sur vos épaules, au milieu de ses statistiques de la première coucherie, des consommateurs qui font des listes dans leur tête, séparée en deux colonnes : "les bons, et les mauvais coups"? Et qui sait si ces listes peuvent être divulguées? Alors on se sent en insécurité sans le voir, on se met au défi. Et fiers de nos réussites, à notre tour d'établir des listes. Les noms peuvent s'étaler durant plusieurs pages, tant le nombre de consommations peut facilement s'élever. Les règles sont celles du McDo, on peut revenir le lendemain pour choisir un nouveau menu, en ayant pris uniquement soin de jeter les restes du précédents dans une poubelle la veille.

Les gens sont devenus incapables de savourer un instant éphémère, même si ils en sont avertis. Ils leur faut tout, tout de suite, et pouvoir vite changer. Où est le service après vente? Burger et copine, même combat pour rester au top de la sélection du jour.



Bon appétit.

# Posté le jeudi 24 septembre 2009 15:02

Modifié le mercredi 07 octobre 2009 17:11

Your eyes in mine, SexyBoy.

Devenir dépendant de quelqu'un n'est pas une faiblesse, mais un pur acte de générosité.


"C'était l'hiver dans le fond de son coeur".
Lorsqu'une nuit crache de son écrin noire les particules de sourire qu'il me jète, je pourrais voir, presque cachée dans ma paume, sa main qui me sert. Comme beaucoup, face à cette obscurité réparatrice je me suis mise à inspirer avec intérêt toutes les senteurs qui venaient à moi en cachant mon air ravi. Nous sommes inextricablement lié par les lois qu'on nous enseigne dans les dessins animés Disney (à l'exception peut-être de celui intitulé "Taram et le Chaudron Magique"), sourire éclatant et amour évident entre autre. On a délaissé les pantoufles de vair et autre carrosse pour des escarpins de cuir et des chauffeurs avec permis, mais le principe reste le même ; trouver quelqu'un à aimer, et non pas pas quelqu'un qui t'aime. Sans savoir aimer, personne ne peut nous aimer, non ? La première personne à aimer, c'est nous. Je dois m'aimer, tu dois t'aimer, par delà notre terrible banalité. L'Amour est un jeu de miroir tourné vers soi, on s'aime d'abord soi-même avant de trouver quelqu'un à aimer pour nous rassurer, et parfois pour qu'il nous serve de faire-valoir. Sans le savoir souvent. La subtilité consiste à trouver une personne, en même temps que celle-ci nous trouve. Ainsi, l'illusion est parfaite, le bonheur devient ivresse de l'autre, c'est-à-dire de soi.

L'Amour est donc un sentiment égoïste, la dépendance à l'autre est une drogue si généreuse qu'elle peut devenir destructrice.
Nous reste seulement le Pouvoir. Celui de conquérir son Coeur, pour mieux nous reconquérir, comme une petite naissance dans les yeux d'un autre que soi. Ce n'est plus l'égoïsme de l'Amour, mais de l'Amour-propre, tout simplement.
Your eyes in mine, SexyBoy.

# Posté le vendredi 07 août 2009 14:49

Modifié le mercredi 30 septembre 2009 10:02

Notre futur s'annonce décoratif.

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Une gorgée, une chips avalée.
« Hein que mon Baptiste il veut aller à l'école hein mon grand ? »
« Nan. Je veux aller jouer. »
« Va, file jouer mon grand ! hahaahohoho »
«Qu'il est mignon ton petit Baptiste ..!»
Deux gorgées, une tomate cerise, je me redresse dans mon siège. Baptiste s'enferme dans une cabane en bois, et sans doute joue-t-il avec un petit déjà à l'intérieur car on entend du remue-ménage là dedans. Une cuisinière rose en plastique surgit soudain d'une des petites fenêtres, et reste coincée dans celle-ci.
« J'ai encore fait des folies à Ikea, j'ai racheté une table basse d'une telle beauté ! Vous voulez la voir? »
« Évidemment ! D'ailleurs moi mon étagère est de chez Ikea [...] Vraiment bien ta table. J'hésite à avoir la même tiens ! »
Un coup d'½il aux enfants. Baptiste se bat avec sa s½ur pour le vélo. Elle hurle. Baptiste l'emporte, et fuit en pédalant comme un dément, ravi. Sa nouvelle acquisition le rend si euphorique qu'il roule sur une racine, et tombe lamentablement sur le goudron. Il ne pleure pas, il regarde seulement si le vélo est toujours là.
«De toutes façons c'est bien simple, si j'écoutais ma femme mon salaire serait dépensé avant qu'on ne l'ai reçu !»
«Oh mais tu es bien content de cette nouvelle étagère pourtant ! Hinhinhin.»
«Oui, j'dois le reconnaître, elle est bien cette étagère. Tout comme les nouvelles lampes de la chambre.»
«Eh bien tu vois ! Et c'est moi qui ai choisi, mais monsieur râle alors que j'ai l'oeil pour ça.»
«Ah voyez là la prétentieuse, non mais regardez, on dirait que tu as créé ces lampes.»
«C'est presque ça, j'ai créé le concept de ces lampes associées à notre chambre.»
Mon portable m'indique un message reçu. Les minutes ne s'écoulent plus pareil, elles ne jouent que des partitions de l'éloge d'Ikea et de son influence indéniable dans tout les foyers. Chacun se gargarise de ses trouvailles, croyant avoir fait la meilleure association de meubles que le voisin. Ils oublient qu'ils ont le même mobilier.
«On est en train de refaire tout le rez-de-chaussée, et attention, on n'a pas fait les choses à moitié, on a tout cassé ! »
«Ouaaaah mais dis donc vous n'avez peur de rien [...] ! »
«Tu penses! On a hésité, mais voyez-vous madame voyait ça parfaitement réalisable...»
«Ton souci c'est que tu n'arrives pas à matérialiser une idée.»
«Je ne m'en porte pas plus mal, en attendant qui s'occupe des travaux là-dedans...»
«Tu sais bien que si ils n'étaient pas là ces travaux, tu t'ennuierais.»
Je mâche un morceau de carotte fade au possible, j'hésite à le recracher discrètement mais je me résous à l'avaler d'un trait, masquant une grimace. Je reçois l'appel d'un ami qui n'a pas le moral. Je tente de l'écouter du mieux que je peux, au milieu des discours absurdes de ces adultes qui ont oublié leur vie, de Baptiste qui frappe volontairement les petites roues de son vélo sur le sol afin de faire le plus de bruit possible, des sons lointains de l'été, des senteurs de la vie, de la sensation d'invulnérabilité qui me submerge. Moi je me dis que j'ai quelque chose. Que je ne serais pas comme eux.

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Non, je ne serais pas comme ça. Je dessinerais, je lirais, et au travers de mes voyages écrits, j'oublierais le reste. Le fait que sans argent nous ne sommes rien, que je ne suis rien face à ces théâtres quotidiens mettant l'absurdité de nos vies en évidence. J'aimerais trouver autre chose. Voyager, voyager par tout les moyens, et même avec ou sans moyens justement. Voyager dans mes rêves endormis, voyager dans des pays inconnus, voyager dans mes découvertes, voyager, voyager, voyager... Le Vide deviendrai Voyage. Mais je ne dois pas encore mesurer l'impact que je peux avoir. Il ne se compte sur rien, je n'ai pas d'impact, mes idées ne voleront pas à travers champs alors que je sais que chacun a sans doute les mêmes aspirations délirantes d'accéder à un monde autre, un monde caché dont on a mangé la clé. Mais ma jeunesse ne sait pas ce qu'elle dit, ma jeunesse ne comprend pas que je n'ai pas le choix. Jeune, je suis jeune. Alors, je me complais dans les soirées arrosées, dans les caresses et les baisers. L'école fait heureusement découvrir des personnes, parfois. On refait le monde quand on est petit, on décide que les arbres seraient bleus quand nous seront grands ... Et arrivent alors les devoirs dont une seule réponse est juste, les choix qui n'aboutissent qu'à une voie possible, le travail à horaires fixes, sans changement envisageable. Le travail n'ouvre pas au monde. Il le transforme. Un jour, vous vous direz que tout cela est normal, qu'il faut aller faire ses courses, qu'il faut changer la couche de votre enfant, qu'il faut sortir le chien et laver la voiture familiale. C'est la réponse juste, le bon choix, la routine nécessaire. Selon eux, les Grands, les Hommes Importants, les Manipulateurs de Robots que nous deviendrons tous très bientôt. On le verra pas venir, ou alors comme moi vous le verrez tellement tôt que vous serez tenté d'être fataliste, et d'accepter le Destin inscrit dans des papiers administratifs.
Mais non! Je ne serais pas des leurs. Je n'aurais pas pour vie un leurre.


"Car dans le bocal à poisson rouge, moi je ne veux pas y aller"
Personnage de Paloma, dans le film Le Hérisson.

On mimera la vie qu'on n'aura pas. La vie qu'on a jamais essayé d'avoir, la vie qu'on a accepté comme telle car elle est similaire aux autres, aussi similaire que cette table basse noire à monter sois-même comme si elle venait de notre création. Notre création meurt en grandissant, on ne crée plus que des simulacres de ravissement face à une étagère, de désarroi face aux combats dans les pays orientaux, de colère face à la montée des prix du lait. On abreuvera nos voisins de plaintes qui sont répétées sans cesse, on se plaindra de son mari, de ses enfants, de ses achats, de son travail. Et puis, autour d'un verre de chez Ikea, on rira de bon c½ur en apprenant qu'Untel a rayé sa voiture neuve.
Aujourd'hui, rien ne surpasse l'Ennui. Vous pourrez toujours faire des mômes, acheter des meubles chez une grande firme de mobilier, réaménager votre maison. Rien ne changera l'inéluctable : un soir vous verrez que votre vie est vide, et qu'une fois mort les vers vous dévoreront pour laisser votre cercueil tout aussi vide. Vos efforts n'auront servi à rien sinon à montrer aux générations suivantes la voie à poursuivre dans le culte de l'abbération. Ne pouvons pas devenir des évadés de cette vie là ? Ne pouvons pas voir enfin que tout ça ne résulte que de la peur du Vide, l'effroi de ce néant que chacun connaît un soir ou l'autre, le Vide incroyable et oppressant que chacun rempli avec des photos d'amis que nous ne n'aimons pas, d'animaux qui voudraient s'enfuir, d'insectes écrasés par vos manies de la propreté, du rangement. A croire qu'il faut la ranger, cette vie, pour ne plus voir de Vide. Tout cela n'est qu'une commode à 5 tiroirs : le premier étant l'enfance, le second le mariage, le troisième la maison, le quatrième les enfants, le dernier la mort (ou le divorce, si on veut une nouvelle commode en PVC imitation bois). Cette histoire, on l'a tous en commun. Mais pourquoi ne pas regrouper nos meubles ? Créer autre chose grâce à nos vestiges d'imagination ? Enfant, nous rêvions tellement, tout était possible, seul l'envie, le désir comptait. Pourquoi le bonheur n'existerait-il pas ailleurs que dans l'argent dont on ne verra plus rien dans l'au-delà ? J'ai tellement honte parfois... De tout ça, de mes besoins futiles dont je pourrais tant me passer. Toutes ces acquisitions qui me rassurent, qui me font croire que j'ai quelque chose. Que je n'ai pas RIEN. Que je ne suis pas RIEN. Le Vide, j'en ai toujours eu peur. Puis j'ai fait de l'escalade, et j'ai monté malgré le Vide. Pourrais-je faire pareil ? Avancer en oubliant ma peur, en cessant d'avoir des besoins aussi stupides et aussi coûteux?
J'ai voulu travailler dans la publicité, je me disais que ça m'aiderai à apprivoiser ces besoins et cette peur de n'être que du Vide sans eux. Je sais néanmoins que ça ne changera rien, nous sommes nous-mêmes des marchandises. On se vend sans cesse auprès des autres, pour avoir des copains, pour avoir un boulot, pour avoir un mari/une femme. Souvent, pour avoir un peu d'amour, il faut bien le dire, et aussi beaucoup d'argent. Car être seul et sans meubles, c'est être le Vide.


"Tu as vu comme on se vend ? Tu as vu comme on en tremble ?"

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# Posté le vendredi 03 juillet 2009 18:06

Modifié le jeudi 16 juillet 2009 16:55

« Sale petite pétasse qui montre rien en surface qui veut qu'on l'embrasse encore, l'embrasse encore...»

« Sale petite pétasse qui montre rien en surface                                                                                          qui veut qu'on l'embrasse encore, l'embrasse encore...»
Mon Amour hélas le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe, le Temps passe ...

Et se battre contre soi peut apporter de belles victoires, sous les flammes de la ville dont les vices grouillent, fourmillent et se déversent sur nos pauvres corps affamés de tout ce qu'ils pourraient absorber. J'avais faim, j'ai tout dévoré, le bon et le moins bon. J'suis en pleine digestion. Ca va me passer, et bientôt les erreurs, les horreurs et les douleurs s'enfuiront dans mes veines, où j'aurais le plaisir de les piquer doucement, afin de voir le liquide vivant perler et faire miroiter les souvenirs qui s'évaporeront alors au creux d'un de mes maigres bras. Je boirais peut-être quelques vestiges de ma mémoire, les meilleurs, afin de les re-digérer, les intégrer à moi dans une dilution parfaite qui les rendront alors sains.


Patience, un an n'est rien. Six mois encore moins.


But what you want I cannot do anything about it, this world isn't mine!
You believed that everything had become simple. For me it is even harder.
My humanity believed in it, your blind eyes also. It was good, it was beautiful.
Run away me, I flee myself.
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# Posté le mercredi 01 juillet 2009 15:45

Modifié le jeudi 02 juillet 2009 17:46

Où est la réalité, où est la fiction ?

Puisqu'il faut un début, le voici : je suis née le 3 mars de l'année 1991, entre la mort de Serge Gainsbourg et la mise en place du Décret d'Aide à la Jeunesse ; autant dire deux choses diamétralement opposées. J'osais parfois espérer avoir reçu un peu d'essence de ce grand artiste atypique qu'était Gainsbourg en étant née peu après sa mort. Néanmoins, je n'excella jamais en chant ni avec quelque instrument que ce fut, mais l'amour des mots resta.
Mon père a voulu m'appeler Elise. J'ai longtemps apprécié ce nom, je le trouvais mélodieux. J'ai appris qu'il n'est que le renvoi à une des anciennes relations de mon père ; je perds parfois le fil de mon être, à ne plus savoir quelle est l'image que mon père à de moi, si j'existe pour moi-même ou par le souvenir que je suis censée rappeler. Je ne sais pas comment ma mère a pu accepter cette demande. Je sais juste qu'elle a accepté.

On me mit au monde à la Clinique du Parc (aujourd'hui fermée suite à un transfert dans un établissement neuf), à Chambray, dans de douloureuses conditions pour ma mère. Visiblement, je refusais de venir au monde. Mes parents me racontèrent plus tard que dans les jours qui suivirent, au milieu des autres nouveaux-nés brailleurs, je ne faisais pas un bruit allant même jusqu'à jeter un regard noir aux passants. Mes parents s'en sont inquiétés dans un premier temps puis ils finirent pas s'y habituer, ainsi que tous ceux à qui on m'exhiba à la sortie de l'hôpital, comme il est de coutume dans chaque famille. J'étais un bébé imposant, si ce n'est gros. J'avais tellement bien profité de mon séjour dans le ventre de ma mère que c'est sûrement pour cela qu'on eu autant de mal à m'en extirper.Je n'ai jamais eu de peluche favorite, je n'ai jamais sucé mon pouce ; je n'avais besoin de rien pour me rassurer, je n'avais pas peur. J'avais déjà de très grands yeux bleus, qui me donnait tantôt un air ahuri, tantôt un air colérique. Je peux affirmer que j'ai conservé ces deux caractéristiques, et sans doute les garderais-je encore longtemps.

La maison qu'avait fait construire mes parents à Montlouis fut finie peu de temps après ma naissance, et nous avons pu quitter l'appartement à Tours que mes parents occupaient avec ma s½ur de deux ans mon aîné. Notre cohabitation dans la même chambre me paraissait une chance, mais en réalité avec le recul elle ne fut pas toujours de tout repos. Bien que j'adorais ma s½ur, nous nous battions souvent (c'est au cours d'une de nos querelles qu'elle me déboita le poignet, mais je ne me souviens absolument pas des circonstances) et celle-ci montrait souvent que du dégoût et de la haine envers moi, croissante en grandissant. Ainsi je savourais les moments où elle me proposait de jouer ou de discuter, même si elle en profitait pour détruire une de mes poupées. Ma plus grande peine d'enfance réside d'ailleurs dans l'une de ses décapitations de barbie. J'en avais emmené une durant une matinée d'examens à l'hôpital, car étant jeune j'étais suivi deux fois par an à celui de Tours, les inquiétudes concernant mon poids et ma taille (dès l'entrée à l'école je perdis mes rondeurs, devenant à la limite de la maigreur cadavérique, les photos de classe de primaire en témoignent). J'en avais donc emmené une, ma préférée, une belle blonde. Ma mère m'assurait depuis 5 jours qu'au cours de cette matinée de prise de sang, je ne sentirais rien, je parti donc confiante, et à jeun comme convenu. L'infirmière ne fut pas des plus douces, mais le pire restait le produit qu'on m'injecta durant toute la durée de la prise de sang : il me faisait vomir. Ma mère tentait tant bien que mal de me rassurer, mais je ne comprenais pas pourquoi elle m'avait menti et, tout en tentant vainement de vomir quoi que ce fut, je regardais ma jolie poupée sur le meuble roulant en fer situé derrière. Il me semblait qu'elle me consolait. Quelques mois plus tard, ma s½ur vint à la décapiter. Je mis des jours à m'en remettre, alors qu'habituellement je pleurais 20 minutes et j'oubliais. Aujourd'hui encore, sans comprendre réellement pourquoi ce souvenir m'est si chère, je pleure encore la disparition de cette poupée qui m'avait soutenu pendant plusieurs heures de nausée. Je n'ai jamais pleuré la perte de quelqu'un aussi longtemps et je pleure encore celle de cette Barbie blonde platine.
Nous avions peu de voisins à cette époque, le pavillon étant situé un peu à l'écart du centre-ville, près des champs, au milieu d'un bois. Celui-ci sera rapidement réduit au statut de simple parc, l'urbanisation s'occupant de dévorer les arbres. Le fait d'être née et d'avoir grandit entres les branchages et les feuilles de ceux-ci m'a fait rapidement aimer la Nature. Je n'aime pas utiliser ce terme de « Nature », il ne veut rien dire. Le goudron vient aussi de la Nature selon moi, il n'en ai pas moins artificiel. Je me corrige donc en disant que cet environnement boisé m'a inculqué le goût de la pureté, et du calme. Il fut mon lieu de jeu favori, avant de devenir mon refuge à mon adolescence. Enfant, j'apprenais à grimper à tout les arbres qui voulaient bien me tendre une branche accueillante, négligeant mon vertige, je tentais d'atteindre les cimes. L'émotion me prenait à la gorge quand j'entendais une branche craquer, et ça me plaisait tellement que parfois je posais volontairement un pied sur une branche que je savais prête à céder ; je testais sans cesse les limites de ma sécurité.

Dans ma première année de maternelle, je découvris l'amitié en rencontrant L . au cours d'une sieste imposée où ne nous dormions pas. D'un naturel souriante toutes les deux et habitant à quelques maisons l'une de l'autre, nous sommes devenues très vite les meilleurs amies du monde des 3 ans et moins, et cela perdura jusqu'en classe de cm1. Dès cette époque je témoignais d'une amitié très fidèle, exclusive, voire possessive. Je ne supportais pas qu'elle aille voir d'autres fillettes, et elle me le rendait bien puisqu'il me semble qu'elle-même ne supportait pas que j'en fis autant. Cette amitié fusionnelle engendra un certain nombre de disputes entre nous, étant autant colérique l'une que l'autre. Il n'eut que durant nos escapades arboricoles dans le parc que nous nous amusions sans qu'aucune querelle ne fut jamais rencontrée, et cette activité devint notre principal occupation au début de notre primaire, jusqu'à la fin de notre amitié. Celle-ci fut causée par une révélation qui me parut être une effroyable trahison de la part de L. Au cours d'une de nos énièmes disputes, elle décida de se venger en révélant mes sentiments au blondinet dont j'étais secrètement amoureuse. Alors qu'elle venait d'accomplir son crime, je revins vers elle dans le désir de m'excuser et de nous remettre à jouer. Quand je vis son air catastrophé et les yeux de mon cher blondinet rivés au sol, je compris rapidement, et dans un sursaut de colère noire, je me souviens lui avoir dis à peu près cela :
« Samedi on va jouer dans les arbres à nouveau, mais tu pourras t'y pendre avec ton écharpe ! »
Mon manque évident de tact ne m'apporta pas de problèmes avec qui que ce soit ce jour-là, bien que je craignis pendant un moment qu'elle ne rapporta mes tendres paroles à notre maîtresse, ou pire : à sa mère qui irait alors voir la mienne. Il n'en fut rien, mais je fus quand même bien puni : suite à cet épilogue tragique d'une longue amitié, je perdis contact avec L ., mais également avec le charmant blondinet. Cette traîtrise finit donc par me plonger dans un profond état de tristesse, où je pleurais ces deux amours perdus. Je basculais entre deux tendances : au début je me rendis responsable de cette perte en m'accusant de la dispute entre moi et L. qui avait tout déclenché, avant de maudire L. de son infidélité, de son manque de respect envers ce secret que je jugeais des plus personnels, cette part de moi que je lui avais confié dans un sursaut de confiance fraternelle. Je ne me pardonna jamais, comme je ne pardonna jamais à L.

Je perdis du même coup confiance en les autres, et à mon entrée en 6ème dans un collège privé de Tours, je devins violente avec mes camarades. J'avais beau mesurer à peine 1.30m (soit facilement une tête et demi de moins que le reste de ma classe), je frappais à qui passait trop près, ayant adopté la technique qui me favorisait le plus : le coup de pied vigoureux au tibia. Là encore, plutôt que de m'attirer les problèmes auprès des professeurs, je jouais de mon charme enfantin pour me faire passer pour la victime timide. Qui plus est j'étais une très bonne élève. Ca ne ratait pas : si je frappais, le professeur punissait l'innocent, pensant que je m'étais défendue. J'usais et abusais de ce stratagème, et bientôt je m'aperçu même que certains garçons m'admiraient pour ma brutalité injustifiée. J'en tirais une fierté sans bornes, ma stratégie de séduction touchait tout le monde par son absurdité. Cela m'encourageait à continuer, j'avais l'impression d'être respecté, qu'au fond ce n'était pas si grave de frapper, si ça ne rapportait pas d'ennuis. Et puis, à l'entrée en cinquième, après avoir un peu mûrie, ma réputation m'a rattrapé en quelque sorte. Les gens avaient peur de moi. Pas une peur effroyable, ils ne fuyaient pas non. C'était plus une peur polie, gênée. Ils saisissaient l'illogique de ma conduite, et ne savaient pas comment se comporter avec moi. Et réciproquement, je ne savais plus comment me comporter. J'ai abandonné l'idée de frapper autrui (j'en avais désormais honte), mais je n'avais plus rien. J'eus l'impression de devenir invisible, je n'avais plus de caractéristiques, j'étais devenu l'élève lambda, tout en restant bonne élève. Du fait d'avoir retrouvé un comportement calme, j'ai pu me lier de nouveau avec une fille de ma classe, d'un an de moins que moi, appelée M. Cette année fut merveilleuse, c'est le début des garçons, des bêtises, des petits secrets entres filles. Une brute tomba amoureux de moi, je tomba amoureuse du garçon qui aimait ma nouvelle meilleure amie. Je jonglais entre les conflits et les flirts comme dans un épisode d'Amour Gloire&Beauté, c'était bien. On pensait chaque jour que notre vie était la plus importante, que nos secrets étaient les plus confidentiels, que notre esprit était le plus affuté. Je me suis toujours un peu trop sentie supérieure aux autres, cette année là néanmoins je me suis effacée, fascinée par M. Elle était ce que je rêvais d'être, appréciée de tous, jeune cavalière déjà douée. J'en étais pour mon compte à ma première ou deuxième année d'équitation, loisir que j'avais espéré dès mon plus bas âge, et dont je jalousais L. en primaire d'en faire déjà alors que moi je devais patienter que mes parents puissent se le permettre.
L'attente rendit cette passion encore plus euphorisante qu'elle aurait pu l'être. A cheval ma tête se vidait, je me chantais des chansons à voix basse, je me concentrais comme jamais je ne me concentrais en cours. J'étais dans une bulle, je m'imaginais dévaler des longues plaines herbeuses, alors que je tournais en rond au petit trot dans un manège parfaitement clos. J'avais de l'imagination, dès que je pouvais, n'importe où, je m'évadais à défaut de pouvoir fuir réellement les choses qui m'arrivaient. J'écrivais des histoires qui n'arrivaient jamais, des histoires de bonheur, des morceaux de vie utopique. Parfois, il me semblait que je me trompais de réalité, que je mélangeais mes rêveries et ma vie, j'espérais vivre dans mes songes, et que la réalité n'était qu'un cauchemar évanescent. Je n'ai jamais bien su séparer réalité et fiction, et cela me fait parfois encore aujourd'hui négliger les risques. Je me souviens ainsi d'un soir où je devais avoir équitation mais qu'une tempête de neige empêchait quiconque de sortir. Ma mère refusa bien sûr de m'y emmener, les routes étaient dangeureuses même sur une courte distance, et les écuries devaient être fermées. Piquant une colère noire, je fis un caprice et ma mère fini par céder. Arrivée là-bas, je m'aperçue bien vite que les chevaux aux yeux révulsés étaient au comble du stress. Néanmoins, ma reprise eu lieu, en compagnie de 3 autres cavalières, ainsi qu'un cavalier. Je me souviens que je n'entendais plus rien, j'étais dans ma sphère à nouveau, je rêvais que j'imaginais cette scène. A un moment, un arbre craqua sous le poids de la neige, près du manège . Tout les chevaux s'emballèrent, les quatres enfants près de moi tombèrent, et j'en fis presque autant. La monitrice décida d'arrêter le cours, je rentra chez moi, croyant avoir rêvé cette réalité. Et pour cause, il m'arrive d'inventer la réalité, je ne discerne parfois plus le vrai du faux, je me cache dans des illusions que j'invente, je me persuade involontairement d'actions adoucies, déformées, erronées. Souvent, cela arrive quand la mémoire me manque, quand le courage aussi vient à me laisser seule en face de mes secrets, je préfère les modifier, les voiler. Ils sont moins douloureux ainsi amoindris. Tout le monde fait ça, et personne ne soupçonne les autres de mentir sur leur vie, pourquoi le ferait-il alors que chacun se doit de corriger les petits instants douloureux de sa vie pour mieux les accepter ?

Il y a néanmoins des souvenirs qui sont tellement lourds, tellement forts qu'au lieu de les ravaler au plus profond du c½ur, on a le paradoxe effroyable de s'imprégner de chaque instant qui les composent. Comme dans un sursaut de lucidité, un retour terrassant à la réalité que nul leurre ne pourrait masquer. C'est ce qui m'arriva un soir de cette même année, en cinquième, à la veille d'un départ pour plusieurs jours vers l'Allemagne. Avant ce soir là, j'avais occulté chaque dispute de mes parents , comme si j'avais tout effacé de ma mémoire, hormis quelques brides de souvenirs éparses, où je me voyais me cacher sous mon lit, dans ma couette, à côté de mon bureau. Mais ce soir là me percuta trop pour que je puisse le refouler. A nouveau une querelle avait éclaté, je ne me souviens pas du motif, mais seulement des cris qui faisaient trembler les murs, et me faisaient verser des larmes. J'avais le ventre si serré qu'il me semblait que lui aussi s'efforçait de se replier dans un coin de mon organisme, se torturant à n'en plus finir, me torturant à en vomir. Je craignais par-dessus tout qu'ils montent l'escalier et laissent envahir leurs injures et leurs coups dans la chambre, où je n'aurais plus d'abris.
J'entendais en bas une chaise qui traversait la pièce. Je savais que mon petit frère qui avait trois ans de moins devait se cacher tout autant dans sa chambre, attendant la fin des hostilités. Mais cela ne cessa pas, bientôt j'entendis ma s½ur hurler, une gifle claqua, les pleurs s'intensifièrent. Les hurlements hystériques de ma mère retentissaient dans chacune des cloisons, rien ne semblait pouvoir arrêter ce moment d'horreur. Je tremblais comme au bord du vide, la tête serrée sur mes genoux, bras entourant ma tête, je tentais de récréer ma bulle sans y parvenir. Chaque coup que j'entendais me faisait frémir. Je voulais tellement que tout s'arrête, tout en priant pour que ça ne s'arrête pas, craignant trop que quelque chose d'irréversible ne soit arrivée et impose un brusque silence. Je ne sais plus à quel moment j'ai décidé que s'en était trop, que je ne pouvais plus supporter sans agir, et que je voulu descendre les marches de l'escalier jusqu'au salon. Je n'étais plus présente, j'agissais par automatisme, je n'avais plus conscience de mes gestes. Je crois qu'on peut qualifier ça d'état de choc. Je sais que je me suis raccrochée à la rambarde de l'escalier en voyant le spectacle insupportable de ma mère rouge de désespoir, les yeux gonflés par les larmes, un bras agrippant celui de mon père le poing levé au dessus de lui, et lui, méconnaissable de rage et de démence, prêt à prendre une chaise derrière lui. Ma s½ur sur le côté tentait de se mettre en travers, sa lèvre était gonflée et son menton saignait. Je regretta aussitôt d'être descendu. Brutalement, je me mis à hurler, mais personne ne compris ce que je voulais dire tant ma voix tremblait et frôlait des aigus jamais atteints. Ma lapine était terrée dans le fond de sa cage, les yeux semblant vouloir sortir de leurs orbites. Elle tremblait autant que moi. Dans une confusion complète, ma s½ur, ma mère et moi avons quitté la maison. Je ne sais plus à quel moment j'avais appelé la police, mais je sais que j'avais du raccrocher car je paniquais trop pour être compréhensible. Je me souviens juste que dehors, le numéro me rappelait, me rappelait. J'évitais les appels.
La nuit tombait, le ciel était magnifique, et l'air très doux. Je ne savais pas où nous nous dirigions, jusqu'à ce qu'on prit un chemin de terre bordant le champ, conduisant à la gendarmerie qui venait d'être installée au bout. Durant les dix minutes à marcher, ma s½ur marchait tantôt dedans, l'air froid et déterminé, tantôt elle soutenait ma mère, qui en pleurant semblait au bord de l'évanouissement. Moi je me contentais de suivre, les yeux hagards, affolés et impuissant. Je ne savais absolument pas ce que j'étais censée faire, comment je devais réagir. Arrivées à la grille, ma mère n'a pas bougé. Elle a esquissé un mouvement pour faire demi-tour, c'est alors ma grande s½ur qui a une nouvelle fois pris les devants, et a appuyé sur le bouton de l'interphone. Presque sans trembler, elle a réussi à dire qu'ils nous fallait rentrer. On nous ouvrit la grille. Je crois que c'est ce soir là que j'ai compris la ranc½ur de ma s½ur. Elle n'avait jamais cessé de me protéger, de me cacher de tout ça, d'assumer ce que ma mère aurait dû assumer. Elle avait 14 ans, et qui sait depuis combien de temps cela durait. Elle avait bien plus de responsabilités que n'importe qu'elle fille de son âge, et devait tout simplement m'envier, elle qui n'avait personne pour la soutenir. Ce soir là elle était notre mère. Un grand homme, aux cheveux blonds presque blancs coupés très courts, nous invita à entrer dans un petit bureau sombre, que je trouvais angoissant. Il était très grand, et un peu rond. Dans son regard on pouvait lire son élan de compassion, mais aussi de la lassitude. Il savait pourquoi nous étions là, il savait à quel point cela arrivait souvent. Je me souviens qu'il avait une sorte de coéquipier qui passait, restait, repartait, ne cessant pas ses allers-retours, sans dire un mot ou presque. Un grand maigre, aux cheveux foncés, plus jeune que le gros monsieur assis devant nous. Je faisais tout pour être la plus petite possible, je me croyais à nouveau en train de faire un cauchemar, inventer une réalité qui cette fois n'était pas celle dont je rêvais. Le gros monsieur a posé des questions, il était rassurant dans sa façon de parler, de bouger. Je me souviens d'un moment où il s'adressa à moi. Je suis restée muette de stupeur un instant, j'avais espéré m'être suffisamment fait discrète pour qu'on puisse m'oublier. Il répéta sa question : "Et toi ma petite, que fesais-tu quand ça arrivait?". Brusquement j'ai gémis un rapide et tremblant : "Je me cachais" qui me fit fondre en larme. Je me suis sentie idiote, je m'en voulais de ne pas être courageuse. Je voulais être comme ma s½ur, je l'admirais tant. J'eus l'impression que le gendarme me jeta un regard méprisant. Je ne parla plus, me concentrant pour cesser de pleurer comme une enfant, que j'étais pourtant. Je revins à moi quand le gros gendarme demanda à ma mère depuis combien de temps cela durait. Elle répondit après un instant d'hésitation : "Depuis la naissance de notre deuxième fille". Mes larmes cessèrent de couler, je resta éberluée face à sa réponse. Mon ventre se recontracta à nouveau, mais je ne tremblais plus. J'étais tétanisée. Aussitôt, j'éprouvai un terrible sentiment de culpabilité qui éventrait chaque partie de moi, jusque dans chaque vaisseau sanguin la douleur m'étreignit, et cette douleur ne me quitta plus jamais.


*


En quatrième je demandai à intégrer le collège publique de ma ville, ce qui fut fait, pour rejoindre mes deux meilleures amies N et M. Mais nous ne nous entendions plus aussi bien qu'avant, du fait de mon éloignement géographique et psychologique. Néanmoins l'année de 4ème se passa relativement bien entre nous trois, et je renoua avec le jeune blondinet nommé J., et nous passions des heures après nos cours à jouer à la console ensemble. Je commençais à me lasser du système scolaire en arrivant dans ce collège. On ne prêtait pas attention aux élèves, de nombreux profs étaient au bord de la crise de nerf, d'autres s'avéraient violents. Je délaissa un peu mes devoirs au profit des jeux vidéos, mais n'en restait pas moins bonne élève aux yeux des professeurs.
J. devins vite mon meilleur ami. Hélas, je me trouva une nouvelle fois dans la perspective d'être au milieu de deux meilleurs amis, comme ce fut le cas pour N. et M. L'amitié, si elle est basée sur un trio, ne marche que très peu de temps. Je n'ai quasiment connu que ça en grandissant, et il faut bien l'avouer, la greffe ne prenait pas avec moi, je finissais par être rejeté du groupe à cause de mon caractère particulièrement agressif. J. (mon meilleur ami) avait donc une autre meilleure amie. Je ne me sentais pas en compétition, je l'aimais bien cette fille. Je savais qu'elle comptait beaucoup aux yeux de J., mais je réalisa à quel point un soir d'octobre au cours de mon année de troisième. Nous passions la soirée en trio, moi M. et N. devant des DVD d'épouvante. Je reçu un message de la part de J. me demandant de l'appeler rapidement. Je lui demanda pourquoi, car je ne voulais pas me déranger et déranger mes amis pour rien.
Je finis par appeler, et je reçu un terrible choc : « Justine a sauté du pont, elle est à l'hôpital ». Justine, il s'agissait bien sûr de sa seconde meilleure amie. Je suis restée un moment au téléphone, ne sachant pas quoi dire. Je finis par raccrocher, pour apprendre la nouvelle à mes amies. N. était la plus proche de Justine, mais encaissa parfaitement ou presque, M. tout autant. Après tout, elle était à l'hôpital et non à la morgue ! Je n'encaissa pas. Je me m'y à pleurer seule dans la salle de bain de N. Une nouvelle fois ce fut ma culpabilité qui ne me permit pas d'encaisser ; j'avais passé tout l'après-midi avec Justine, et elle n'avait cessé de réclamer J. Je lui avais répété qu'il était avec quelques uns de ses amis, qu'elle le verrait sans doute dans la soirée. Si j'avais compris qu'elle avait sans doute besoin de le voir pour lui en parler, et l'entendre la dissuader de commettre un tel acte, j'aurais appelé J. Mais je n'avais rien fait.
J. ne su jamais rien de cela. Le lendemain ne me permit d'ailleurs pas de lui dire, je le vis transformé en légume à cause des tranquillisants qu'il devait prendre pour se calmer. Sa mère nous laissa dans le salon, me disant qu'il avait besoin de parler. Il était affalé dans un siège, je ne pu que rester debout, raide au possible. Je ne supportais pas de le voir ainsi, amorphe. Il semblait s'économiser, chacun de ses gestes s'arrachant mollement de sa placidité artificielle. Ses yeux me paraissaient terriblement vides, et je faillis à nouveau pleurer mais cette fois je me retins, car il avait besoin d'une oreille attentive, et non d'une paire d'yeux au bord du tsunami. Il me raconta que ce fut lui qui dû la chercher, et la trouva sur une berge, plusieurs mètres sous le pont au dessus de la Loire. Visiblement Justine avait prévenu quelqu'un avant de partir, car c'est ainsi que J. pu la trouver rapidement. Je ne pu m'empêcher de me demander si au fond elle n'avait jamais eu la volonté de mettre fin à ses jours, étant donné qu'elle avait tenu à avertir quelqu'un. Plus que de vouloir mourir, elle avait surtout envie d'être sauvé. Je me demande aussi, encore aujourd'hui, si ça avait été moi qui avait sauté, est-ce que J. aurait témoigné d'un tel choc ? Il est évidemment inutile de connaître la réponse, et bien que je n'ai jamais parlé de cette interrogation à qui que ce soit, elle me parut déplacée et je l'oublie progressivement.

Je recommença à vivre dans ma bulle, je redevenais violente. Je me senti à nouveau invisible, effacée et jalouse des autres. Surtout de N. en réalité. Elle avait tout le monde à ses pieds, elle était très charismatique et les garçons ne cessaient de lui tourner autour, comme des papillons autour d'une lumière intense. Ma jalousie explosa un jour où un garçon particulièrement beau et gentil lui demanda de sortir avec lui, et qu'elle refusa, bien qu'elle n'avait aucune raison de faire cela (elle l'aimait beaucoup aussi). Je me mis en colère, incapable de comprendre pouquoi elle se permettait de jouer avec les autres en les attirant puis les rejetant. De nombreuses disputes se succédèrent, souvent à cause de moi et mes humeurs. Comme beaucoup de personnes au collège, à cette époque ma seule crainte était de me retrouver seule, c'est pourtant ce qui arriva. M. et N. étaient plus proches que jamais, et moi je devais me tenir éloignée. Je finis par préférer la solitude plutôt que de les suivre vainement, sans qu'elles me remarquent.
Je ne réalisais pas que j'avais créé mon propre rejet, je n'avais fait aucun effort ni mis aucune volonté pour leur montrer que je n'étais pas si méchante. A vrai dire, j'étais à la fois trop prétentieuse pour penser que le problème venait de moi, mais aussi trop timide pour leur avouer cela. Je conservais néanmoins quelques amis, comme Marion, et d'autres que je revis plus tard, comme R.
Je commençais à étouffer au collège, la rancune de N. faisait courir des rumeurs sur moi visant sans doute à me laisser définitivement seule avec mes sautes d'humeurs. Je ne réagissais pas, je laissais les gens me détester. Ces tensions mettaient notamment Marion dans un situation délicate, puisqu'elle était proche de N. et M. autant que moi avant, si ce n'est plus. Je me méfiais parfois d'elle, dans un sursaut stupide de paranoïa. Elle ne fis jamais rien contre moi, et su gérer la situation. Elle est restée l'une des personnes avec qui je ne me suis jamais disputé, qui m'apaise naturellement et avec lequel on peut se permettre d'avoir toutes sortes de rêves, d'envies, et que jamais elle ne dira : « C'est stupide » ou « Redescend sur terre ».
Je l'admire car elle me laisse admirer ; Marion a la tête dans les étoiles, et j'adore cette caractéristique propre à elle seule encore maintenant.

Le temps passait, j'avais l'impression d'être vieille à la veille de mon entrée au lycée. Je me sentais lésée par beaucoup de monde, assommée par tout ce qui m'entourait. Je m'étais lassée de nombreuses choses, les cours ne m'apportaient plus la reconnaissance dont j'avais besoin, je ne trouvais plus vraiment la volonté de faire quoi que ce soit. Je restais sur mes acquis, dans tous les domaines. J'étais une ado blasée, typique à la veille de ses 15 ans, qui s'est mis à fumer, fascinée par l'odeur et la brume doucereuse de ces petits tubes de papier dont mon père raffole tant. On pense avoir tout vu, tout connu, connaître la nature humaine comme personne. On pense tout savoir de la vie, et ça nous fait vomir. On a la trouille, à cet âge là. On prend conscience des adultes, des autres. On sort de l'enfance, où on avait le droit d'être égocentrique. Là on s'aperçoit que tout va être difficile, ''tu vas avoir des responsabilités à tenir'' me dit-on souvent. Le travail à l'école, pour travailler au bureau. Travailler au bureau, pour finir par nourrir deux gosses et un chien obèse. J'avais une vision très caricaturale du monde, je ne voulais pas en faire parti. Je ne veux toujours pas en faire parti, ce monde là nous empêche de rêver tellement il nous entrave. ''Ça fonctionne comme ça'', ''tu fais une crise existentielle, ça te passera va, c'est l'adolescence''. Pourquoi ne pourrait-on pas considérer l'adolescence, cette période ô combien pessimiste, comme une période d'extrême lucidité ? Non. Après tout c'est idiot, si on restait au stade de l'adolescent frustré, nous n'irions pas loin. En fait, devenir adulte, c'est admettre que la réalité n'est pas bonne à entendre, mais qu'il faut avancer au-delà.
Pour avancer au-delà de mes précédentes difficultés qui me rattachaient à l'enfance, j'avais choisi un petit lycée agricole où je ne connaissais personne, afin d'être sûr de recommencer sur de bonnes bases. J'étais vraiment fatiguée par tout ce qui s'était passé, j'avais besoin d'insouciance, de frivolité et d'amitiés sincères. Je savais qu'il faudrait que je fasse des efforts pour cela, mais je mettais de nombreux espoirs dans ce nouveau monde. Mon année de seconde fut l'une des plus belles années de ma scolarité. Tout d'abord, j'étais en internat, ce qui me ravissait divinement. Je n'avais plus peur de dormir, même si au début je faisais beaucoup de cauchemars. Je me fis rapidement de nouvelles amies, même si nos premières impressions auraient pu nous en empêcher. Nous jugeons si vite, quand nous sommes jeunes... Une de mes quatre colocataires devint une amie très proche, elle était très joyeuse comme fille, ça me plaisait, j'avais exactement besoin de ça. Je me mis à agir comme elle, je me sentais terriblement bien. Bientôt nous étions une petite dizaine à rire ensemble, en classe. Je reprenais confiance à grand pas, je retrouvais mon influence subtile et si agréable sur les autres, j'aimais me comporter comme une grande s½ur pour eux, ce que je n'avais pas pu faire pour la mienne. On me demandait des conseils, j'écoutais tout leurs problèmes. Je n'hésitais même plus à être franche même pour dire des choses pas forcément agréables temps que je m'assurais de fournir une discussion constructive. Je compris l'importance du dialogue et de la communication qui m'avait jusque là complètement échappé. Je me remettais à flirter avec un ou deux garçons, je retrouvais mes belles illusions.

Cette même année, après avoir changé de club, je fis de l'équitation dans un petit centre équestre par l'intermédiaire d'une option inclus dans mon emploi du temps scolaire. Je me rappelle, c'était le mardi après-midi. On était emmené et ramené, et le club était vide chaque semaine ce jour là. Le club en lui-même ne me plaisait pas forcément, mais je fis la rencontre d'un cheval qui m'aida énormément à reprendre confiance en moi, à l'instar de mes amies lycéennes. Il était de taille moyenne, bai-brun, et avait un grand regard affolé. Ma monitrice me le donna un jour que l'on faisait un parcours d'une dizaine d'obstacles. Au début, on ne peut pas dire que j'étais rassuré. Ce cheval avait la tendre réputation de ''casser du cavalier'', à plus forte raison en obstacle. J'étais stressée, au point que les rênes auraient pu laisser du cuir dans ma chair. Je pris le départ, enchainant les deux premiers sans heurs. C'est alors que je vis la monitrice au téléphone, dos à moi. Je paniquai un instant : si mon cheval s'emballait, elle ne verrait rien. Habituellement, cette peur m'aurait paralysé, mais il en fut tout autrement : je n'avais jamais été aussi motivé à finir un parcours, j'étais presque enragée. Au cours de cette année, je ne montais presque plus que lui, bien qu'au début la monitrice avait un peu peur que je ne me fracture quelque chose à mon tour. Les chutes, il y en a eu. Trois ou quatre, impressionnantes sans être inquiétantes. Je n'ai jamais été aussi heureuse à cheval que sur le dos de cette andouille de cheval fou. Un vrai possédé quand il s'y mettait, je tenais bon, je le connaissais par c½ur. J'aimais montrer de quoi il était capable, de quoi j'étais capable avec lui. Des souvenirs de tout ces moments de cavalière, il y en a à la pelle, d'une randonnée jusqu'à faire ses vaccins et le suivre en tant que groom quand il reprit enfin les concours, je le suivais autant que possible. J'avais peut-être trouvé en cet animal un air que je connaissais bien. Il n'attendait qu'une chose, qu'on le considère avec ses défauts, sans l'asservir. Je m'y reconnaissais, il avait mon âge, mais n'avais rien perdu de sa hargne, sauf en manège, où il s'endormait sur place. Il avait besoin d'espace, d'épreuves, d'obstacles, pourvu qu'on lui redonne confiance en lui. Il était ce que je me représentais de moi, et en plus de cela, il gardait les secrets.

L'année s'acheva en fanfare avec une excursion de notre classe vers une région de Bretagne, la Trinité-sur-Mer si je me souviens bien. Je fis la connaissance de Pauline durant les derniers jours de cours, et elle m'apportait un peu de motivation pour affronter que l'année suivante, j'allais à contrec½ur en filière Scientifique. Malgré cela, je me pensais capable de tout, l'avenir me semblait tellement radieux.


*




Au cours de l'été, jamais les cours et mes amis ne m'avaient autant manqué. Je flânais sous le soleil en comptant les jours avant de les revoir, mais j'angoissais aussi beaucoup de me confronter à la pression des cours en S. Je tombai bientôt amoureuse d'un garçon que je n'avais jamais vu mais avec qui je parlais via le net. Il s'agissait du frère d'un ami d'un copain que je connaissais en 5ème, allez savoir comment c'est possible. Étonnement, le fait de ne pas l'avoir proche de moi me fit m'attacher encore plus à lui, et bientôt il devint une obsession. J'organisai un après-midi en ville, je le trouvais follement charismatique. En vérité, avec le recul, il n'avait rien d'exceptionnel, mais les idéaux infondés font partis des charmes de l'adolescence. On est amoureux pour rien, pour le simple plaisir d'aimer autrui. Hélas, cet amour à sens unique ne me suffisait bientôt plus, et je dû subir un cuisant échec. Qu'à cela ne tienne, je l'invitai à une soirée en octobre. Il but beaucoup trop, et je ne me voyais pas profiter de la situation. Il finit la soirée en sortant avec Justine. Malgré ma colère envers Justine et lui je ne pus m'empêcher, une nouvelle fois, de me sentir coupable. Au fond, c'est que je n'avais aucun autre moyen pour réagir : ma colère ne les atteindrait pas, surtout pas lui que je ne voyais jamais. Je regrettai parfois de ne pas avoir profité du fait qu'il était ivre, mais ça en resta là.
Néanmoins, cette petite déception anodine s'ajoutait au fait que ma s½ur avait quitté la maison en août suite à une bagarre avec mon père, et qu'après deux mois de cours, je n'en pouvais plus. J'angoissais à chaque cours ou presque, la professeur de mathématiques m'avait prise en grippe, et je ne savais absolument pas si j'allais tenir l'année sans faire une crise de nerf. En l'occurrence j'en fis une, qui me conduisit immédiatement à l'infirmerie. L'infirmière, comme beaucoup d'infirmières dans les collèges et lycées, s'avéra aussi encombrante qu' inutile. Elle persévérait à me poser des questions auxquelles personne n'aurait eu envie de répondre en pareille situation. Je tremblais de tous mes membres, et évidemment au milieu de mes pleurs, je me fichais bien de son regard vide qui se voulait compatissant. Je voulais simplement qu'elle me fiche la paix, ce que je lui fis bien savoir. Elle n'en tint pas compte, préférant ressortir la rengaine qui va à tous les soucis : ''Ca passera, il ne faut pas s'en faire, l'adolescence est une période difficile...'' J'aurais juste voulu dormir, moi. Je pris un verre d'eau qu'elle me tendit, en manquant de lui cracher son contenu à la figure quand elle me demanda soudain :
« Il y a des problèmes dans ta famille ? Tu veux en parler ? ».
Je suis sorti immédiatement, et n'y ai jamais remis les pieds.
Je continuais à aller en cours, en cherchant n'importe quel moyen pour en sortir, et avec un mal de ventre presque quotidien. Je dessinais, rigolais avec Pauline et je commençais à faire des démarches pour changer d'orientation en cours d'année. Il restait une place dans mon lycée, dans un bac technologique. On me dit néanmoins qu'une fille qui n'avait pas encore de lycée souhaitait la place, c'était à moi de voir. Bien entendu, je lui cédai la place... Et jeta complètement l'éponge en cours au profit des sorties. Je ne supportais pas l'échec.

*



Pour rédiger la partie qui suit, j'ai du reprendre une feuille vierge. Cette partie là, elle n'a rien à voir avec le reste, elle est presque à part, détachée. Comme un songe qui aurait duré un an (voire un peu plus), qui n'appartient pas vraiment à la réalité. Un songe si long, qu'il devient un mauvais rêve et qui nous réveille brusquement, en pleurs et en sueur. Le retour à la réalité n'est pas si lointain que ça. Pour dire vrai, c'est même affreusement récent. J'ai eu besoin de temps, même si chaque évènement m'est inscrit comme au fer rouge dans chaque parcelle de mon cerveau à peine éveillé. Ce n'est pas un songe d'une nuit d'été, c'était un cauchemar d'un après-midi d'hiver que je n'ai pas su retenir. Ce n'est pas que les choses qui se sont déroulées soient graves, c'est plus le fait qu'elles m'influencent encore aujourd'hui dans tout ce que je fais, parfois même dans ce que je dis. Ma façon de voir les choses n'a jamais plus été pareille, le virtuel a pris le pas sur le réel.




Je me laissais dépérir, c'est à peine si je prenais soin de moi, si j'avais encore conscience de moi. Ce jour là, mes cheveux avaient oublié toutes règles de pesanteur, je portais un vieux pull gris piqueté de quelques petites taches de couleur. Le pull était déformé, mais il me cachait, il cachait mon visage fade, sans maquillage. Ma meilleure amie rencontrée en cinquième était l'une des rares personnes que je daignais encore voir en dehors des cours. On vagabondait, je ne sais plus. Un mercredi de novembre ou de décembre, elle dû aller chez un ami à elle. Je ne voulais pas y aller, je ne voulais voir personne d'autre qu'elle. Mais j'estimais qu'elle en subissait déjà tant à cause de mes humeurs, que je consenti à l'accompagner. Nous sommes allées dans un coin de cette ville qui m'était inconnu, mais qui deviendra familier par la suite. On est arrivé près d'un grande maison, tout en longueur et en pierres, avec un étage. Je me sentais intimidée, je détestais rencontrer des inconnus, et encore plus de me retrouver à entrer chez eux. Je me souviens d'être entrée par la porte d'entrée, et qu'un garçon de mon âge nous a invité à nous asseoir à une table de salon vers la droite. Assise là, un gros chat roux est venu vers moi, et plus loin le garçon allait chercher des feuilles dans une autre pièce. Je me sentais affreuse, ce garçon semblait si beau. Il était pour moi grand, le teint très pâle, les cheveux noir de jais. Il avait des yeux qui semblaient doux, mais dans son regard je discernais quelque chose de flou, mais captivant. Je resta là, sans parler, riant parfois à ce que ma meilleure amie et lui se disaient. Il parlaient de leurs cours me semble-t-il, un devoir à rendre. Je ne saisissais plus les mots, j'étais absorbé à le regarder. Si j'avais pu soulever le carrelage marron de ce salon pour m'écraser dessous, je l'aurais fait. Sans hésitation. Je n'étais que pur détritus, il était lumineux.
Puis, nous sommes allés dans la pièce où il avait été chercher ses papiers. C'était sa chambre, moyenne, avec un grand paravent à gauche, et un piano en bois à droite, contre le mur. Le papier peint était clair, le sol en parquet ambré. Derrière le paravent, un lit double avec des draps blancs.Une grande et vieille fenêtre accentuait chaque pli de ceux-ci, la lumière extérieure semblant jouer avec l'ombre du tissu.
Nous avons joué, comme des enfants, à nous jeter sur le grand lit, à se chatouiller, à se battre pour de faux. C'était magique, je n'avais plus la sensation d'être une inconnu, nous étions comme des mômes qui se retrouvent après l'heure de classe.
Puis P. (le garçon) a joué du piano, et mon amie aussi. Il a ensuite fait de la guitare, mon amie a essayé, en vain. Je me suis moquée d'elle gentiment avec P . et ils ont joué tout les deux sur la même guitare. C'était cacophonique, mais réellement agréable. Moi, je n'osais plus trop bouger, je tentais d'être drôle, c'est tout. Je ne savais jouer d'aucun instrument, P. était quelqu'un qui pouvait jouer de n'importe lequel. Je me senti à nouveau nulle, mais je profitais de chaque instant, en silence. P. a sorti de quoi rouler une cigarette, sauf qu'ici le tabac tenait compagnie au shit. Avant ce jour, je n'en avais jamais réellement vu, ni senti, mais je voulais depuis quelques temps pouvoir en prendre, au moins une fois. Ca me fascinait, et le danger que ça pouvait avoir restait à l'état de fables modernes pour moi. En vérité, quand on est fasciné par quelque chose ou par quelqu'un, on en a aussi peur. C'est ce qui se passa ici : ils m'en proposèrent, j'accepta, mais je fus un peu effrayée. On me dit qu'on allait faire passer. Finalement, je m'aperçu qu'ils leur en resté bien peu, et P. dit qu'il préférait ne pas m'en faire fumer chez lui, en me citant une anecdote des plus charmantes sur une fille qu'il avait fait fumer pour la première fois, et qui avait filé vomir. Ca m'arrangeait. Nous l'avons quitté quelques temps plus tard, et mon amie semblait heureuse, planante. Je l'étais tout autant, j'étais droguée oui, mais de cette rencontre fascinante avec ce qui deviendra ma drogue. Ou plus exactement, de ces deux rencontres qui devinrent mes deux drogues
.



Vous n'aurez pas la suite, c'est encore trop dur .

# Posté le lundi 08 juin 2009 13:24

Modifié le mardi 11 août 2009 17:52